Mon évolution en céramique est guidée par l’expression des matières, leurs exigences, ainsi que par l’influence des cultures et de mon environnement proche. Je travaille principalement le grès à Saint-Amand-en-Puisaye, ce village Nivernais renommé pour sa tradition potière renouvelée au fil du temps. J’ai choisi d’y vivre pour établir mon atelier, au bord des carrières d’argile, dans lequel je travaille depuis avril 2004.

Issue des Arts Appliqués et ayant suivi une formation professionnelle en tournage et en recherche d’émaux au CNIFOP, j’aime la noblesse de l’objet, fait main, et particulièrement celui transformé par le feu. La proximité et l’usage de ces objets à caractère unique donne du relief et du sens à notre quotidien. Cela illustre bien la nécessité et l’importance de l’art qui participe depuis toujours à l’évolution de l’être.

Mon travail de recherche et d’expérimentation se porte sur le graphisme et l’évocation des matières rappelant l’histoire des phénomènes naturels. J’aime l’équilibre et la cohérence entre l’objet et sa matière, la création du vide pour l’élaboration de la forme, le dialogue subtil entre la maîtrise technique et la spontanéité du geste, l’élégance discrète et sensuelle de la notion de contenant. Ce vide qui peut et sait contenir, sans lequel le volume ne serait pas.

En composant mes propres émaux à l’aide de différentes matières naturelles broyées, je provoque et suis spectatrice de la rencontre des éléments. Tout se métamorphose dans le secret de mon four et chaque surprise aux défournements m’offre, à la fois, la certitude et l’illusion d’en être complice. Pierre Soulages, peintre de la matière, l’exprime à mon sens ainsi : «Ce que je fais m’apprend ce que je cherche». En effet, les défournements sont autant le point de départ des désirs d’explorations nouvelles que le résultat du travail déjà accompli.

J’envisage mon métier comme un chemin en constante évolution, fait de multiples découvertes et remises en questions. Plusieurs voyages au cours d’une exposition internationale, particulièrement en Corée et au Japon, m’ont permis de découvrir avec grand intérêt la voie du thé, son élégante philosophie et la beauté sobre des objets de la cérémonie qui l’accompagne. Le « chawan », bol en céramique pour boire le thé vert en poudre appelé « matcha », est considéré comme l’objet le plus important de ce rituel traditionnel influencé par le bouddhisme zen. D’apparence et de forme simple et primitive comme deux mains qui se rejoignent, le chawan est un véritable objet d’art.

Depuis quatre ans j’ai recentré mon travail presque uniquement sur cette forme : curieusement cette contrainte à libéré ma créativité. A la recherche de l’harmonie entre ses équilibres et ses imperfections on peut, me semble-t-il, y travailler toute une vie avec promesse d’épanouissement.

A présent, le bol, telle une sculpture abstraite, est devenu mon point de départ. J’y reviens pour me centrer, m’y concentrer afin de poursuivre un chemin, le mien.